Ma sexualité

Pratiques sexuelles à risque

Découverte du corps de l’autre et de ses propres sens, l’activité sexuelle est un phénomène quasiment incontournable et naturel dans la vie des adolescents et des adultes, qu’elle soit guidée par un sentiment amoureux ou non. Qu’il s’agisse des premières relations sexuelles ou des autres rapports tout au long de la vie, la perception d’un danger (dans la très grande majorité des cas d’ordre émotionnel) y est souvent présente. Cette fébrilité qui ne manque pas de saisir deux partenaires, lorsqu’ils se retrouvent dans la plus grande intimité, ne doit pas être gâchée par l’existence d’un véritable risque : celui d’être contaminé par une infection sexuellement transmissible (IST), ou par une maladie sexuelle transmissible (MST). Il s’agit en effet avec la grossesse non désirée (que nous n’aborderons pas ici) du principal risque lié à l’activité sexuelle.

Les infections et les maladies les plus fréquentes et les plus redoutables

Les IST désignent les infections bactériennes, virales ou fungiques (à champignons) qui se transmettent par voie sexuelle. Parmi les IST les plus fréquentes, on retrouve :

  • l’herpès génital, causé par un virus, qui concernerait près de 2 pourcent de la population adulte,
  • le condylome ou verrue génitale, lié à un virus de la famille des papillomavirus,
  • les HPV ou papillomavirus humains : au-delà du condylome, le risque d’être victime d’une infection à HPV est estimé entre 80 à 85 pourcent chez les personnes sexuellement actives,
  • et la chlamydiose, induite par une bactérie, dont la prévalence est estimée chez les sujets « sans symptômes » entre 1 à 5 pourcent.

Si l’infection à HPV ou la chlamydiose passent parfois inaperçues ou sont négligées, leurs conséquences peuvent parfois être très graves : les virus à HPV pour lesquels des vaccins existent aujourd’hui, sont en effet à l’origine de la très grande majorité des cas de cancer du col de l’utérus, tandis que les chlamydioses mal ou non soignées peuvent être à l’origine de stérilité.

Outre ces quatre IST, plusieurs MST aux conséquences très graves suscitent également d’importantes inquiétudes :

  • le SIDA : provoqué par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine) ;
  • l’hépatite B : provoquée par le virus de l’hépatite B, qui peut se transmettre par la salive, les sécrétions sexuelles (liquide séminal, sperme) et le sang ;
  • L’hépatite C : provoquée par le virus de l’hépatite C, dont les modes de contamination sont les mêmes que pour l’hépatite B, mais qui est également très fréquent chez les usagers de cocaïne;
  • et la syphilis : provoquée par une bactérie, qui à long terme atteint le système nerveux.

Le premier risque : l’oubli du préservatif

Face à ces différentes IST (dont la liste est ici loin d’être exhaustive), le principal comportement à risque consiste à avoir des relations sexuelles non protégées, c’est à dire sans utiliser de préservatif masculin ou féminin. Ce risque est nécessairement accru lorsqu’il s’agit d’un rapport sexuel avec une personne que l’on connaît peu (et dont on ignore certainement le statut sérologique, concernant le VIH notamment). Le fait de ne pas utiliser de préservatif doit être appréhendé comme le premier facteur de risque d’IST, au-delà de toute autre considération concernant certaines pratiques spécifiques, le choix du partenaire ou encore les circonstances dans lesquelles se déroule l’acte sexuel.

Certaines pratiques sont associées à un risque plus élevé que d’autres...

Baisers et caresses : un risque extrêmement limité

Embrasser son partenaire est associé à un très faible risque infectieux : cependant le virus de l’herpès labial peut se transmettre par un simple baiser, tandis qu’il existe un risque faible, mais réel, de transmission du virus de l’hépatite B par la salive. La transmission du VIH est extrêmement faible en raison du pouvoir protecteur de la salive, mais est possible en cas de saignements dans la bouche.

Echanger des caresses présente également un risque minime.

Rapports bucco-génitaux : attention aux idées reçues

On estime couramment que les rapports bucco-génitaux non protégés (la fellation et le cunnilingus) sont associés à une prise de risque réduite, comparativement à la pénétration vaginale et qui plus est, à la pénétration anale. Cette conviction est renforcée par la croyance selon laquelle le VIH ne pourrait jamais se transmettre lors d’un contact bucco-génital. S’il est en effet bien plus rare que la transmission liée à une pénétration vaginale ou anale, ce mode de contamination ne peut cependant être totalement exclu. En effet, tout contact entre le liquide séminal ou les sécrétions vaginales et une muqueuse, induit l’existence d’un risque. Surtout, au-delà du VIH, de nombreuses IST peuvent être transmises par ce biais. On citera notamment la syphilis, les gonorrhées, l’hépatite B ou encore l’herpès. Par ailleurs, les virus HPV pourraient être à l’origine de cancers de la bouche et de la gorge, liés à des rapports bucco-génitaux.

Le risque lié à ce type de pratiques sexuelles (et plus particulièrement la fellation) est souvent reconnu par les personnes contaminées. Ainsi, une enquête menée entre 1996 et 1998 à Londres, auprès d’homosexuels, avait révélé que parmi 494 patients séropositifs, 6 pourcent estimaient avoir été contaminés par un rapport bucco-génital. De même, selon une étude menée par l’Institut national de veille sanitaire, auprès de patients atteints de syphilis, 52 pourcent considéraient avoir contracté la maladie à l’occasion d’un rapport bucco-génital. Il doit cependant être rappelé que ces patients présentaient souvent également d’autres comportements sexuels à risque susceptibles d’avoir été à l’origine de la contamination.

Pénétration vaginale et anale sans protection : les pratiques les plus à risque

Quel que soit le risque existant lors d’un rapport bucco-génital, ce sont les pénétrations vaginales et anales non protégées qui représentent les pratiques les plus à risque.

On rappellera qu’en ce qui concerne le VIH, la contamination peut survenir même en l’absence d’éjaculation. Par ailleurs, certaines situations concourent chez la femme à augmenter les risques de contamination. Ainsi la présence de sang (liée aux règles ou à un rapport brutal) est une situation qui accroît la possibilité de transmission. En outre, certaines pratiques (pas nécessairement sexuelles) peuvent entraîner une irritation des muqueuses vaginales, tel l’assèchement du vagin (par des douches vaginales, des tissus...). On rappellera par ailleurs, que lors d’une pénétration vaginale ou anale entre deux partenaires hétérosexuels, le risque de contamination par les MST est plus important pour les femmes que pour les hommes.

La pénétration anale est pour sa part la pratique sexuelle qui présente, en l’absence de préservatif, le plus de risque. Concernant notamment le virus du Sida, il a été estimé par le Groupe Européen de Recherche sur la Transmission du VIH dans les années 90 que le risque de transmettre le virus du Sida, lors d’une relation homme/femme au cours d’un rapport anal est cinq fois plus élevé que lors d’une pénétration vaginale. La paroi du rectum est en effet très fragile et fortement vascularisée. Aussi est-il essentiel de se protéger avec un préservatif lors d’un rapport anal potentiellement à risque. Ce préservatif doit être changé dès lors que tout autre contact sexuel (bucco-génital, vaginal) est envisagé.

Rappelons qu’en cas de rapport non protégé ou de rupture du préservatif avec une personne contaminée par le VIH ou de sérologie inconnue, un traitement préventif à commencer très rapidement est possible en vue d’essayer d’empêcher la contamination par le virus. Ce traitement est à demander au service des urgences de l’hôpital le plus proche dans les 48 heures suivant le rapport sexuel à risque.

Multiplier ses partenaires : un risque multiplié

Les personnes ayant des partenaires multiples présentent également un risque statistiquement accru d’être contaminées par une IST. Selon le baromètre santé 2005 de l’Institut national de prévention et d’éducation à la Santé (INPES), le multipartenariat (pas nécessairement sans protection) dans les douze derniers mois concerne 16,3 pourcent des hommes et 6,5 pourcent des femmes de 15 à 49 ans. Cette enquête faisait apparaître que les personnes qui ont eu plusieurs partenaires utilisent plus souvent le préservatif et se font plus souvent dépister pour le VIH.

Les relations anonymes, qui se multiplient à la faveur notamment des rencontres sur Internet, doivent également être signalées comme des situations potentiellement à risque. L’étude menée auprès de patients homosexuels ou bisexuels souffrant de la syphilis a révélé que lorsqu’ils pouvaient déterminer le partenaire à l’origine de leur contamination, il s’agissait pour les trois quarts d’entre eux d’une relation anonyme ou occasionnelle.

Attention aux situations qui peuvent altérer la perception du danger

Enfin, on signalera que la conscience d’un danger peut parfois être atténuée par la consommation de substances psycho-actives altérant le jugement telles que l’alcool ou différentes drogues (et notamment le cannabis, le GHB, l’héroïne, le crack ou/et la cocaïne).

Institut national d’éducation et de prévention à la santé, Baromètre santé 2005

Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, 20 juin 2006

Bulletin Epidémiologie Hebdomadaire, 3 octobre 2006

Dépistage du VIH et des IST, Repères pour votre pratique, INPES, 2007