La première expérience sexuelle représente une étape importante dans la construction personnelle de l’adolescent ou du jeune adulte. S’il fut une époque où le premier partenaire sexuel se révélait souvent celui avec lequel on partageait le reste de sa vie, cette situation est aujourd’hui de plus en plus rare. Cette évolution ne doit pourtant pas conduire à minimiser la forte charge émotionnelle qui lui est toujours attachée, à laquelle s’ajoutent des questions essentielles comme la maîtrise de la contraception, la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST), mais aussi la volonté d’exercer pleinement son libre choix.
Aujourd’hui, les adolescents abordent cette « première fois » déjà riches d’une certaine expérience. Ils y sont préparés par les discussions avec leurs amis, facilitées par la levée du tabou sur la sexualité, éventuellement par le visionnage de certains films et par la multiplication des gestes affectueux voire sensuels avec leurs partenaires. Les enquêtes témoignent que ces premières expériences, ces premières caresses, ont une grande importance aux yeux des adolescents, tout particulièrement avant la première fois. Par ailleurs, l’éducation sexuelle proposée dans le cadre scolaire permet à un grand nombre d’adolescents de bien connaître les méthodes de contraception existantes avant leur premier rapport et d’être conscients de la nécessité d’utiliser systématiquement un préservatif. Cette « préparation » ne permet cependant pas d’obtenir chez tous les adolescents une protection suffisante.
Selon l’étude « Contexte de la sexualité en France » menée par l’INSERM et l’Institut national des études démographiques, publiée en mars 2007, l’âge du premier rapport sexuel est de 17,2 ans. Il apparaît que cette « première fois » n’intervient pas plus précocement qu’il y a quelques années.
Le souhait de faire évoluer une relation amoureuse n’est pas la seule motivation du premier rapport sexuel. Très fréquemment, il s’agit également « de faire comme les autres », « d’être dans la norme ». A 17, 18, 19 ans, les jeunes adultes interrogés pensent en effet qu’à leur âge « tout le monde » a déjà eu une expérience sexuelle. Il apparaît ainsi qu’ils surestiment souvent la proportion de jeunes de leur âge ayant déjà eu un rapport sexuel.
Certaines études ont en outre mis en évidence qu’une proportion importante de jeunes filles estime qu’elles auraient pu attendre plus longtemps. Ce sentiment est même très fréquemment exprimé chez les adolescentes ayant eu leur premier rapport sexuel avant l’âge de 16 ans.
On observera tout d’abord que dans ce domaine, les jeunes n’hésitent pas à faire confiance aux adultes. Un sondage réalisé pour plusieurs médias en 2001 avait ainsi démontré que seuls 40 pourcent des jeunes souhaitent prendre seuls leurs décisions concernant la contraception.
Les freins à l’accès à la contraception avant la première expérience sexuelle sont cependant nombreux et sont tous plus ou moins liés à la hantise que représente pour les jeunes filles la perspective d’aborder la question de leur sexualité avec un adulte et notamment un praticien. Dans le but de limiter cette appréhension, il est conseillé de ne pas systématiquement allier la première prescription de contraception à un examen gynécologique. La visite chez un gynécologue avant un premier rapport sexuel pourra en tout état de cause se révéler très rassurante pour de nombreuses jeunes filles, qui s’interrogent souvent sur les conséquences physiques du premier rapport (douleurs, saignements, …etc.).
La contraception des premières fois que nous avons évoquée dans une fiche précédente se révèle la plus efficace lorsqu’elle combine une contraception hormonale au préservatif. Plusieurs études ont en effet mis en évidence que les échecs du préservatif (rupture, glissement) sont significativement plus élevés chez les adolescents que les adultes. Ainsi, la rupture du préservatif est régulièrement invoquée chez les jeunes filles désirant avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG). On soulignera cependant que la proportion d’ « accidents » est sans doute moins élevée que ne le laissent supposer les nombreuses déclarations dans ce sens, ces dernières pouvant en effet être liées à la crainte d’avouer une absence totale de protection.
Cette double protection permettra donc d’offrir un sentiment accru de sécurité à la jeune fille, qui sera alors plus sereine pour aborder sa première fois. Cependant, elle ne doit pas nourrir l’idée totalement fausse et dangereuse que la contraception orale offre une protection équivalente au préservatif. Seul le préservatif permet en effet de se prémunir contre les infections sexuellement transmissibles (IST) et les maladies sexuellement transmissibles (MST).
Près de 80 pourcent des français âgés de 15 à 25 ans ont utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel. Cette proportion est plus élevée lorsque ce premier rapport est intervenu plus tôt. Ainsi, près de 90 pourcent des 15/19 ans ont utilisé un préservatif contre 75,1 pourcent des 20/25 ans.
L’utilisation du préservatif dès la première fois est de bon augure pour la suite de la vie sexuelle : une étude américaine publiée en mai 2007 avait ainsi confirmé que les jeunes adultes ayant utilisé un préservatif lors de leur première expérience sexuelle étaient plus nombreux à y avoir recours six ans après cette première fois (plus 36 pourcent) par rapport à ceux s’étant montrés moins prudents. Si ces résultats sont encourageants, ils ne doivent cependant pas masquer que certaines idées reçues attachées à l’utilisation du préservatif perdurent. Une enquête publiée en novembre 2006 avait ainsi mis à jour la persistance de certaines attitudes :
Concernant l’aspect « pratique » des préservatifs, on rappellera :
Si le SIDA (Syndrome d’ImmunoDéficience Acquise) est à l’aube des premières fois la MST la mieux connue des adolescents, d’autres dangers existent. Les IST les plus fréquentes sont les chlamydioses, les papillomatoses (ou condylome ou crête de coq) et l’hépatite B. Pour prévenir ces infections, l’utilisation du préservatif est indispensable. Il est en outre possible et recommandé par le Ministère de la Santé de se prémunir de certaines infections à papillomavirus et du virus de l’hépatite B grâce à la vaccination, mais cette vaccination ne dispense en rien de l’utilisation systématique d’un préservatif.
D’autres IST sont également relativement fréquentes et préoccupantes : l’infection à mycoplasme et à trichomonas, l’herpès, la syphilis (en recrudescence depuis quelques années) et la gonococcie.
Soulignons que plusieurs de ces infections ont la particularité d’être asymptomatiques, c’est-à-dire qu’elles ne manifestent pas de symptômes suite à une contamination. C’est notamment le cas des infections à papillomavirus, de l’hépatite B ou encore de la syphilis, qui après un temps de latence plus ou moins long peuvent se manifester cliniquement. Il est également fondamental de rappeler aux jeunes adultes qu’outre la pénétration vaginale, d’autres pratiques sexuelles comportent un risque : il est plus faible mais existe pour les rapports bucco-génitaux par exemple.
Le VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine) responsable du SIDA est dans tous les esprits des jeunes générations. Mais la très nette amélioration de la prise en charge de cette maladie, allongeant significativement la durée de vie des personnes contaminées, a, dans certaines populations, une influence négative sur la reprise des comportements à risque.
En cas de rapport sexuel à risque dans le cadre d’une relation avec un partenaire séropositif, il est essentiel d’intervenir dans les 48 heures suivant ce rapport, en se rendant à l’hôpital, où une prise en charge médicale pourra être envisagée, en vue d’essayer d’empêcher l’infection potentielle par le virus à l’aide d’un traitement adapté.
Par ailleurs, on signalera que le test de dépistage du virus du SIDA peut être réalisé dès le quinzième jour après une situation à risque (rapport sexuel non-protégé ; « accident » de préservatif ; contact entre muqueuse et sang ou sécrétion sexuelle d’autrui) : s’il est négatif, il devra être confirmé au bout de trois mois ; s’il est positif, la contamination par le VIH est alors malheureusement confirmée, mais un test est toutefois à refaire. Pour effectuer un test de dépistage, il existe des structures spécialisées, les CDAG (Centres de Dépistage Anonyme et Gratuit), où seule la date de naissance est requise pour effectuer un test. Une consultation avec un médecin permettra d’évaluer le risque potentiel de contamination par les virus HIV, de l’hépatite B, de l’hépatite C et de la syphilis, et d’orienter leur recherche biologique dans l’échantillon de sang prélevé suite à la consultation. Les résultats du test sont généralement disponibles 8 jours après la consultation et la prise de sang.