Ma sexualité

Quand bébé ne vient pas

Si la prise en charge médicale de l’infertilité est relativement récente, cette question avait déjà intéressé dans l’Antiquité le médecin grec Soranos d’Ephèse au deuxième siècle après Jésus Christ ! Il faudra cependant attendre encore plus de 2000 ans avant que le tabou ne se lève. Un silence honteux et douloureux est néanmoins encore souvent observé par les couples qui y sont confrontés. Cependant, aujourd’hui, non seulement il existe de nombreuses techniques permettant de pallier aux difficultés de certains à concevoir un enfant, mais surtout les différentes causes de l’infertilité, féminine ou masculine, sont bien mieux connues.

Vous avez dit infertilité ?

Pour un couple âgé de 25 ans, la probabilité de débuter une grossesse, c'est-à-dire la fécondabilité, est estimée au cours de chaque cycle menstruel à 25%. Cette fécondabilité décroît avec l’âge. En moyenne, une grossesse est obtenue au bout de six mois et c’est au bout de deux ans de relations sexuelles régulières sans contraception que l’on commence à suspecter une hypofertilité, c'est-à-dire une faible fécondabilité. Cependant, il est fréquemment conseillé aux couples qui projettent d’avoir un enfant de consulter après un an d’essais infructueux, en raison de l’âge moyen de plus en plus élevé des femmes au moment où elles éprouvent le désir d’une première grossesse.

On estime qu’un couple sur sept consulte pour des problèmes d’infertilité (soit 500 000 couples chaque année) et qu’un sur dix suit un traitement. Dans 33% des cas les causes de l’infertilité se retrouvent chez la femme, dans 21% des cas uniquement chez l’homme et pour 39% des couples ce sont les deux partenaires qui présentent des troubles expliquant leurs difficultés. Enfin, dans 7% des situations l’impossibilité d’obtenir une grossesse est considérée comme inexpliquée.

Le temps, un bien mauvais allié

Au-delà des causes pathologiques spécifiques, la baisse de la fertilité est tout d’abord liée à l’âge. Ainsi, si la probabilité d’avoir un enfant au cours de chaque cycle est de 25% à 25 ans, elle diminue à 12% à 35 ans et à 6% à 40 ans. Les statisticiens de l’Institut national des études démographiques (Ined) ont présenté cette situation sous un angle différent. Ils ont observé dans une étude publiée en 2008 que :

  • à 30 ans, une femme qui souhaite avoir un enfant a 75% de chance d'y parvenir au bout d'une année,
  • à 35 ans, ce chiffre n’est plus que de 66%,
  • à 40 ans, ses chances descendent à 44%.

Chez l’homme aussi, mais dans une moindre mesure, l’âge altère la fécondité.

Des conditions de vie parfois pénalisantes

Si en dehors des différents problèmes fonctionnels sur lesquels nous reviendrons, l’âge représente l’un des premiers facteurs expliquant les variations observées d’un couple à l’autre, d’autres critères peuvent également entrer en jeu.

Ainsi, la consommation de tabac et d’alcool (chez la femme comme chez l’homme) et les troubles alimentaires (telle l’anorexie chez la femme) peuvent avoir une incidence sur la fertilité. De manière générale, lors des premières consultations d’un couple confronté à des difficultés de conception, les questions du praticien contribueront à déterminer les différents éléments de la vie quotidienne et intime (fréquence des rapports sexuels notamment) du couple pouvant avoir une influence sur sa fertilité.

Au-delà de ces différents facteurs, chez la femme, la stérilité peut être liée à une anomalie touchant l’une des fonctions (ovulation) ou l’un des organes essentiels à la reproduction (trompes de Fallope, utérus, …etc.)..

Les troubles de l’ovulation : premier problème d’infertilité chez la femme

On estime qu’un tiers des femmes qui souffrent de difficultés à concevoir présentent des troubles de l’ovulation : il s’agit de la cause la plus fréquente d’infertilité. Les anomalies de l’ovulation regroupent l’absence totale d’ovulation (que l’on appelle anovulation) ou sa mauvaise qualité (dysovulation) qui aboutit à la production d’ovules non fécondables. Ces troubles sont liés soit à un dysfonctionnement des ovaires, soit des structures cérébrales qui les contrôlent. Les anomalies de l’ovulation se manifestent souvent par des cycles irréguliers ou par l’absence de règles, mais ce symptôme n’est pas constant.

Pour évaluer la qualité de l’ovulation on réalise souvent une courbe de température : en effet l’ovulation s’accompagne d’une légère élévation de la température corporelle. C’est ensuite un bilan hormonal qui va permettre de définir, le cas échéant, la cause des anomalies de l’ovulation.

Les infections ça trompe énormément

Une infertilité d’origine tubaire (c'est-à-dire liée à une atteinte des trompes de Fallope) peut également être diagnostiquée dans un quart des cas. Le niveau d’atteinte peut varier : les trompes de Fallope peuvent être soit partiellement soit complètement bouchées ou endommagées. Cette altération des trompes peut avoir été provoquée par une intervention chirurgicale (rendue par exemple nécessaire en cas de grossesse extra-utérine) et est plus souvent encore la conséquence d’une infection. Ainsi, de nombreuses infections mal ou non prises en charge peuvent être à l’origine d’une infertilité dite tubaire. Il s’agit notamment des infections à gonocoque et à Chlamydia trachomatis. Passant souvent inaperçues, ces dernières feraient encourir aux femmes atteintes un risque de stérilité tubaire de 20%. Les examens pratiqués pour évaluer l’existence d’un problème tubaire sont l’hystérosalpingographie (radio de l’utérus et des trompes) et la laparoscopie (visualisation directe des trompes et des ovaires en introduisant un dispositif optique dans l’abdomen).

Infertilité d’origine cervicale ou utérine

Deux autres types de pathologies, moins fréquentes, doivent également être évoquées : un défaut de sécrétion de la glaire cervicale (celle qui se situe sur le col de l’utérus) ou une lésion de l’utérus.
La mauvaise qualité de la glaire cervicale est souvent liée à une infection ancienne ou à un dysfonctionnement des glandes endocervicales. Dans certains cas, elle résulte du traitement de lésions du col de l’utérus. Ce dernier est également parfois à l’origine des troubles de la fécondité. Outre les traitements chirurgicaux qu’il a pu subir, l’utérus peut présenter des malformations congénitales, des tumeurs bénignes (fibromes, polypes) ou encore des cicatrices intra-utérines qui sont autant d’obstacles à la bonne implantation de l’embryon. Pour mettre en évidence l’existence d’une cause cervicale de l’infertilité, un prélèvement de la glaire cervicale peut être effectué une dizaine d’heures après un rapport sexuel, tandis que l’observation de la cavité utérine est réalisée grâce à un examen appelé hystéroscopie.

Une maladie souvent pointée du doigt : l’endométriose

Il convient de préciser que les troubles que nous venons de citer ne sont pas exclusifs les uns des autres : ainsi une femme atteinte de trouble de l’ovulation peut également présenter une glaire cervicale de mauvaise qualité. Par ailleurs, on soulignera que les différentes causes de stérilité que nous avons évoquées peuvent être les conséquences d’une pathologie spécifique (notamment infectieuse, mais parfois également génétique). Parmi ces maladies qui sont souvent associées à des troubles de la fertilité, on retrouve l’endométriose.

Maladie fréquente (10 à 15% des femmes en seraient atteintes), elle serait retrouvée chez un grand nombre de femmes dites « infertiles ». Cette pathologie se manifeste par le développement anarchique de tissus identiques à celui de la muqueuse utérine (endomètre) dans différents organes (notamment les trompes de Fallope et les ovaires). Ce tissu anormal empêche l’implantation d’un embryon.

Et les hommes dans tout ça ?

Si pendant longtemps, face à un couple ne parvenant pas à avoir un enfant, seule la femme était « suspectée » d’infertilité, on sait désormais qu’il existe également chez les hommes de nombreuses anomalies de la reproduction que nous nous proposons d’évoquer rapidement. On peut ainsi détecter chez certains hommes une :

  • oligospermie (spermatozoïdes en nombre insuffisant),
  • une azoospermie (absence totale de spermatozoïde),
  • une asthénospermie (défaut de mobilité des spermatozoïdes),
  • une nécrospermie (pourcentage élevé de spermatozoïdes morts),
  • une tératospermie (pourcentage élevé de spermatozoïdes anormaux),
  • des anticorps anti-spermatozoïdes (l’homme développe des anticorps contre ses propres spermatozoïdes),
  • une éjaculation rétrograde qui empêche la diffusion des spermatozoïdes dans le corps de la partenaire.

Le dépistage des différentes anomalies présentées par les spermatozoïdes est évalué grâce à un spermogramme (pour en mesurer le nombre, la mobilité, la vitalité), un spermocytogramme (afin d’en évaluer la morphologie) ou d’une spermoculture qui permet de dépister une éventuelle infection. La stérilité masculine peut en effet être provoquée par une infection antérieure (oreillons après la puberté, infection sexuellement transmissible notamment), une pathologie associée (le diabète par exemple) ou une malformation congénitale ou traumatique de l’appareil génital.

De plus en plus souvent, est également pointée du doigt pour expliquer les anomalies de la production de spermatozoïdes, l’influence de l’exposition de l’homme (dès sa vie intra-utérine) à des perturbateurs endocriniens (pesticides…). De façon plus précise, certains métiers peuvent exposer à des produits toxiques mettant en jeu la qualité de la spermatogenèse.

Encore un peu de mystères et un profond tabou

Ce rapide aperçu des différentes causes d’infertilité masculine et féminine révèle combien la médecine est sortie de son ignorance dans ce domaine. Cette connaissance plus fine des troubles de la reproduction s’est en outre accompagnée de la mise au point de traitements souvent efficaces et du développement de l’assistance médicale à la procréation qui permet à de très nombreux couples confrontés à ces difficultés de réaliser leur rêve de fonder une famille. Cependant, l’infertilité représente encore un sujet très douloureux au sein des couples et peut parfois entraîner un repli sur soi, voire dans certains cas une séparation. Ces tensions sont d’autant plus vives lorsqu’on ne parvient à trouver aucune cause à l’infertilité et que sont évoqués de possibles obstacles psychologiques.

Sources :

L’infertilité, dossier proposé par le Centre hospitalier de Toulouse,

http://www.chu-toulouse.fr/-l-infertilite-

Le site de l’Agence de biomédecine

http://www.procreationmedicale.fr/

Doctissimo, dossier « Infertilité, causes et traitements »,

http://www.doctissimo.fr/html/grossesse/avant/index_infertilite.htm

Institut national d’études démographiques, « La baisse de la fertilité avec l’âge »,

http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_actualite/baisse_fertilite_age/

COD 09 016-INT-juillet 2009